XV de France : Brunel justifie ses choix

Face à la presse à la suite de l'annonce de sa liste de 31 joueurs pour la Coupe du Monde, Jacques Brunel s'est longuement expliqué face à la presse.



Sur une échelle de 1 à 10, quelles chances vous donnez-vous de passer la phase de poules de cette Coupe du Monde ?
Ce sera notre premier challenge. On connaît la poule depuis longtemps, on sait qu’elle est difficile. Il y a quatre matchs parce qu’on parle beaucoup de l’Argentine et de l’Angleterre mais il y a deux matchs au milieu avec un temps très court entre chaque. Il va nous falloir passer cet obstacle-là. On connait cette difficulté mais on pense s‘être préparés dans de bonnes conditions donc, sans donner un niveau d’échelle, on va partir avec une bonne confiance.

Est-ce que ça a été compliqué de composer cette liste de 31 joueurs avec votre staff ?
Ça a été compliqué car, depuis le début, tout le monde s’est donné à fond. Il y a des joueurs qui avaient un petit avantage parce qu’on les connaissait, parce qu’ils avaient eu un parcours avec nous, et d’autres qui arrivaient dans la sélection, qui pour certains sortaient de blessure. Tout cela a fait qu’il y a eu une émulation très importante et, au moment de faire les choix, tout le monde était quasiment au même niveau. Ça a été très, très difficile.

Un mot sur la non-présence de Félix Lambey, sachant qu’il avait fait un très bon tournoi avec vous. Finalement, vous avez préféré prendre un deuxième-ligne de moins pour prendre un troisième-ligne de plus ?
On peut, en effet, le présenter comme ça parce qu’Arthur Iturria joue deuxième et troisième-ligne. On l’a fait jouer ce week-end deuxième-ligne et lui, comme toute la troisième ligne, a montré beaucoup d’allant pendant la préparation, également pendant les matchs de préparation. Cette troisième ligne a montré beaucoup de qualité et, quand il a fallu faire les choix, il nous a semblé que Félix avait été un peu en retrait sur cette préparation, sur les matchs et ça a été sans doute un des choix les plus difficiles. Mais il était aussi difficile de laisser un joueur comme Charles Ollivion, ou même François Cros qu’on a laissé. Il y a eu des débats car il avait aussi montré beaucoup de qualité. Il fallait faire des choix et on les a fait dans ce sens-là, en gardant un garçon qui est monté en deuxième-ligne alors qu’il est troisième-ligne et de prendre des joueurs qui ont montré de bonnes dispositions pendant la préparation et les matchs.

Brunel : « J’ai une très, très grosse ossature pour l’Argentine »


Dans quelle mesure les matchs de préparation ont influencé les choix et sur quels postes ont-ils pu faire la différence ?
Je ne vais pas dire que ce sont seulement les matchs qui ont influencé les choix. Je prends le cas de Cyril Baille, qui est arrivé en cours de préparation, qui a pris le train en marche, qui a fait beaucoup d’efforts pour revenir à niveau et qui a fait des entrées en jeu qui nous ont semblé de qualité. Et c‘est sur ces entrées en match que la décision s’est faite.

Comment avez-vous communiqué aux joueurs qui n’ont pas été retenus votre décision ?
Je les ai appelés tout à l’heure. Ce n’est jamais un moment facile. Pour ma part, c’est la quatrième donc je connais la difficulté de cette tâche, les espoirs qui s’en vont. C’est le lot de chaque sélection, il y en a certains qui ne partiront pas. Peut-être que certains sont encore réservistes et, s’il y a des blessés, pourront prendre place dans le convoi.

Avez-vous déjà une idée claire du XV de départ face à l’Argentine ?
J’ai une idée mais je ne vous la donnerai pas. Je dirai qu’elle n’est pas totalement claire mais j’ai une très, très grosse ossature.

Est-ce que le cas Louis Picamoles a été difficile à trancher ? Si oui, qu’est-ce qui a fait la différence ?
La troisième ligne a été le poste le plus compliqué où il a fallu faire des choix parce qu’il y a eu la préparation, les premiers matchs où la troisième ligne Alldritt-Ollivon-Cros a fait une belle prestation. On relativise en disant que l’équipe d’Ecosse avait peut-être été moins bonne. Je ne sais pas si les Ecossais avaient envisagé de perdre facilement, toujours est-il qu’ils avaient fait une bonne prestation. Il fallait le prendre en considération, tout comme leur parcours pendant la préparation. Il a donc fallu se poser des questions sur tout le monde. Mais Louis Picamoles a répondu en partie aux interrogations qu’il y avait, notamment lors du dernier match où il a montré ses qualités et qu’il était capable de répondre dans les gros matchs.

Brunel : « Un cadre dans lequel tout le monde doit se sentir bien »


La préparation de Demba Bamba a été un peu particulière. Quelles garanties avez-vous quant à sa bonne évolution ?
Il y avait deux joueurs sur lesquels il y avait une situation qu’on connaissait à l’avance, c’était Demba Bamba en raison d’une opération qui était obligatoire, on a fait tout le suivi en relation avec son médecin à Lyon. On connaissait sa progression, on savait qu’il serait apte le jour venu. On savait aussi qu’il ne voulait pas prendre de risques par rapport à un délai qui était prévu et même s’il y avait eu quatre à cinq jours d’écart, il n’aurait pas joué le match face à l’Italie. On le savait au départ. Demba Bamba a la particularité de pouvoir jouer à droite comme à gauche, ce qui est assez rare et, dans le cas d’une Coupe du Monde, c’est bien d’avoir cinq piliers dont un qui peut jouer des deux côtés. C’est pour cela qu’on lui avait donné ce statut un peu particulier. L’autre, c’était Bernard Le Roux. Lui, il était suspendu, on savait qu’il ne jouerait pas les matchs mais, là-aussi, à partir du moment où on l’a sélectionné, on connaissait ce cas particulier et on a accepté qu’il ne participe pas aux matchs de préparation.

Est-ce que vous avez pris les joueurs selon une idée de jeu ou bien allez-vous adapter le jeu aux joueurs sélectionnés ?
On a mis en place un cadre dans lequel tout le monde doit se sentir bien en fonction des caractéristiques qu’il a. Il y a des positionnements et des rôles qui peuvent être différents suivant les caractéristiques de chacun. Tous les joueurs qu’on a sélectionnés doivent rentrer dans le canevas qu’on a fait et je pense que ce canevas, ils l’ont assimilé. Ils ne l’ont pas tout le temps montré pendant la préparation mais ils l’ont assimilé et tout le monde est capable d’y évoluer.

Quand vous allez jouer deux fois en quatre jours, est-ce qu’un troisième ligne autre qu’Arthur Iturria pourra descendre en deuxième ligne ?
Je ne peux pas dire non car il peut y avoir des circonstances exceptionnelles mais on peut penser qu’avec quatre deuxième-lignes, on doit pouvoir parce que c’est ce qui était prévu dès le départ. Dans ce cas particulier, Arthur Iturria serait deuxième-ligne et, donc, on doit pouvoir gérer ces deux rencontre même si, je le répète, ce sont des situations particulières et compliquées.

Brunel : « On a pris cinq demis »


Quel objectif est fixé à ces joueurs ?
En termes de résultats, je répète qu’on est dans une poule difficile, compliquée. On nous accorde peu de crédit si j’écoute ce qui se dit. Le premier objectif sera de sortir de cette poule. Après, l’histoire a montré que l’équipe de France, une fois qu’elle a passé cet écueil, elle est capable d’aller loin. Elle a un parcours au fil des Coupes du Monde qui montre qu’elle peut tutoyer les sommets. On va d’abord se cantonner à ce challenge qui est la marche obligatoire.

Pourquoi avoir choisi de sélectionner trois demis de mêlée ?
Parce que c’est un poste spécifique. Au-delà des postes, on a pris cinq demis. Si jamais, pour quelque raison que ce soit, un joueur de ces postes particuliers était momentanément blessé et qu’on n’ait pas la possibilité de changer de joueur, il faut alors avoir le potentiel pour pouvoir pallier tous ces événements-là. Le fait d’avoir cinq demis devrait nous permettre de pallier toute mésaventure qui pourrait nous arriver.

Pourquoi n’avez-vous pas retenu François Cros et Romain Taofifenua, qui avait fait une bonne entrée face à l’Italie ?
François Cros a fait une très bonne préparation, un match très satisfaisant. Je ne le connaissais pas dans son parcours de joueurs. Je l’ai vu cette année au Stade Toulousain, où il a été bon, et c’est pour cela qu’il est arrivé comme réserviste. On connaissait les autres, on avait travaillé avec eux. Il n’est pas dans la liste pas par sa faute à lui mais peut-être que les autres ont montré, notamment sur le dernier, match qu’ils voulaient être là et il fallait prendre en compte le parcours qu’ils ont fait avec nous. C’est ce petit avantage au départ qu’ils ont su conserver de par notre opinion. Romain Taofifenua est arrivé en cours de route, il a fait de très gros efforts. Il a perdu du poids, ce qui était un passage obligé depuis plusieurs années et qu’il n’avait pas encore fait. Il l’a fait, il se sent beaucoup plus à l’aise mais il n’a pas rattrapé totalement le petit retard qu’il avait. Franchement, je crois qu’il est sur un bon chemin et je pense qu’il va faire une grosse année avec son club.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.

Liens commerciaux